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Un petit jeu avec des mots imposés proposé par Asphodèle. Voici la récolte de cette semaine :

carotte – cercle – Chili ou chili* – castor – cage – camomille – caravane – casserole -chronique – carnaval – charivari – caravelle – chavirer – chocolat

Ils l’ont surnommé Garibaldi. Qui sait comment naissent les surnoms? Un nom qu’on écorche et voilà, le jeune apprenti maître d’hôtel transformé en général italien. Ça ne le dérange pas, à vrai dire, il s’en moque un peu. La caravane passe, les chiens aboient, comme dit souvent sa mère.

Ce soir, c’est son premier vrai service. En solo et sans filet. Il est allé en cuisine s’informer auprès du chef du menu de ce soir. Il a regardé les cuistots suer sous leur toque blanche et verser une pâte de chocolat dans des cercles ou bien remuer des légumes émincés au fond de casseroles en cuivre. Il a humé et saisi l’esprit qui volutait au-dessus des marmites. Il a le cœur qui bat fort tandis qu’il se change dans les vestiaires. Ça fait tout un charivari dans sa poitrine. Il vérifie les plis de son pantalon, les boutons de sa chemise et remet son nœud papillon bien droit. Théo passe et approuve d’un clin d’œil. Ils se comprennent tous les deux et le vieux épaule le jeune sans jamais lâcher un reproche ou une parole amère. Lui aussi a été inexpérimenté un jour.

Ça y est, les premiers clients arrivent. Une femme couleur carotte – Gary se dit qu’elle a dû abuser des UV – en manteau de castor qui traîne dans son sillage, telle une caravelle, un petit homme en costume sombre. Ils font partie de ces gens qui ne viennent ici que pour pouvoir dire, ensuite, à leurs amis, Nous avons dîné au Barocco l’autre jour, c’était di-vin! Ils réservent six mois à l’avance et prennent place comme on écrase un pays conquis. Gary sourit mais pas trop. Recule la chaise de madame qui étale son postérieur bariolé entre les accoudoirs. Dans l’esprit de Gary, apparaît un perroquet bien trop gros, comprimé par les barreaux de sa cage. Il chasse l’image, pas le moment de se déconcentrer. Il est là pour veiller à ce que le rituel soit respecté et ce n’est pas parce que ces deux-là ont l’air d’arriver du carnaval qu’il doit se laisser déconcentrer.

La dame regarde le décor d’un air déçu. Elle espérait plus de clinquant, se dit Gary. L’homme chausse ses lunettes, s’attendant sans doute à ce qu’on lui donne, comme ailleurs, menu et carte des vins. Il va être déçu. Gary prend une inspiration et commence à raconter le dîner. C’est ainsi que le chef veut qu’il procède. Ce n’est pas un simple repas, c’est toute une histoire. L’homme et la femme, un peu interloqués, ne disent rien et l’écoutent. Peu à peu, ils se mettent à hocher la tête. Personne ne résiste à une telle entrée en matière. Et puis c’est tellement original! Même les goûteurs professionnels ont été unanimes dans leurs chroniques culinaires. Trois étoiles au Michelin cette année. C’est un peu la consécration mais s’il n’y avait pas les finances derrière, le chef s’en moquerait éperdument. Les honneurs, ça lui passe au dessus de la tête. Ce qu’il veut, c’est régaler les gens, les faire voyager, les emmener très loin par le bout de la langue et du nez. Dès la première bouchée, ils doivent chavirer. Le restaurant ferme trois mois par ans. Trois mois durant lesquels le chef voyage du Chili à Singapour, à la recherche de l’ingrédient inattendu, de l’herbe qui sublimera tel plat, d’une sorte de camomille qui ne pousse qu’à partir de deux mille mètres ou d’un café produit uniquement dans une exploitation minuscule du Nicaragua. Cette passion a toujours fasciné Gary et c’est la raison pour laquelle il a tout fait pour venir travailler ici.

Voilà, tel un conteur qui ferre ses spectateurs, il a amorcé le mystère. Les papilles affolées à l’idée de ce qui va leur être présenté ce soir, l’homme et la femme sourient. Ils ont oublié la longue attente, le décor sobre, les autres – connus ou pas – autour d’eux. C’est le moment que Gary préfère. Comme au théâtre, les trois coups ont été frappés, le spectacle peut commencer…

20 réflexions sur “Les plumes de l’été : avec des C…

  1. Haan, j’ai oublié de te mettre dans mes liens, je vais modifier de suite ! Superbe, on s’y croirait ! Je suis restée sur ma faim, que vont-ils manger ces snobinards (très bien croqués !) ?

  2. Et voilà comment de quelques mots naissent des mini pièces de théâtre…la comédie humaine n’a pas de limites. Très bien sentie, ton ambiance de haute cuisine…je vais chercher le Barocco sur internet…avec un peu de chance…

  3. Il est midi passé ! Je suis affamée… l’histoire je me la raconte aussi. Ca parle de langouste, de crabe, de sauce en mousseline émulsionnée… avec un vin blanc fruité et légèrement sucré. Gary m’embarque sur un bateau et nous péchons un filet de poisson poêlé avec quelques amandes et pignons dorés, sur une petite nage verte de basilique. Il me recommande un riz aux épices orientales couronné de petits légumes. Le dessert… cela sera une surprise ! Je le veux magique…
    Miam !
    Merciiiiiiiii Je suis à la table à quelques pas du couple…

  4. J’aime beaucoup, beaucoup ton texte ! Gary est drôlement bien campé, le couple aussi, j’ai bien ri à l’image du perroquet ! Je comprends qu’il ait eu besoin de se contenir pour ne pas rire et rester concentré ! Beau portrait, en tout cas, et… tu me donnes l’adresse du restaurant ??? 🙂

  5. il est vrai qu’il ne manque plus que l’adresse… car le décor est planté… j’aurai aimé être petite souris pour tout voir… et humer… et pouffer de rire en voyant le couple arriver… @ revoir Gary avant la lettre G, j’espère

    • @ 32 Octobre : Oui, ces « grands » restaurants ont une atmosphère vraiment particulière et il y a tant à observer… Ravie que Gary t’ait plu. J’essaierai de le ressortir de mon chapeau…

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