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Des mots, une histoire, n° 49. Les mots récoltés par Olivia étaient les suivants :

tulipe – éléphant – calendrier – hiberner – panser – cachemire – romantique – réceptacle – malmener – féerie – sapin – possession – voyage – fondre – larme – esclavagisme – éphémère – lumineux – relèvement – santon – silence – chanter – frimas – métro

Victor a quitté son île pour quelques jours, persuadé que ça lui ferait du bien. Reprendre pied sur le continent lui donne toujours l’impression d’être cet éléphant maladroit qui n’est jamais à sa place. Comme si la gravité variait un peu, selon le lieu où il se trouve. Pendant des jours, il a guetté le calendrier, attendant impatiemment ces vacances de Noël, ce moment magique où le monde semble devenir plus lumineux, une féerie pleine de l’odeur des sapins, de la paix des santons et de la joie de ces passants qui, soudain, marchent comme on chante. C’est un moment éphémère, le seul dans tout l’hiver qui ne lui donne plus envie d’hiberner. Plus de larmes à verser, plus de plaies à panser. On oublie et on se réjouit.

Il fait le voyage en train, en silence, perdu dans des pensées romantiques, aussi floues que les reflets mouvants sur la vitre, aussi fugaces que les gouttes qu’il voit fondre et disparaître avec la vitesse. Un temps, les soucis ont tenté de reprendre possession de son esprit. L’écharpe en cachemire à acheter pour Inès, ce projet de relèvement du toit de la maison, et puis son père qui ne va pas très bien. Il les a chassés d’un geste agacé. L’anxiété est une nouvelle forme d’esclavagisme, se dit-il, alors que le train poursuit sa course dans les tunnels qui annoncent la proximité de Paris et l’arrivée toute proche. Sa tête est comme une coucourde à ennuis, un réceptacle à emmerdements. Voilà qu’il se met à parler comme Montalbano, le commissaire de Camilleri. Il sourit, malgré lui. Il voudrait parfois la découper, cette tête, plonger la main dedans pour en retirer ce qui le malmène ou le perturbe. Ce serait tellement plus simple.

Après le train, il doit prendre le métro. Dans la capitale, la douceur n’a plus cours. Les frimas de l’hiver précipitent le pas des passagers, pourtant déjà pressés. Lui prend son temps. Pour une fois. A l’angle du quai, une jeune femme vend des tulipes. Il regarde, presque ébloui, ces taches de couleurs qui mettent un peu de gaieté dans le monde tout gris. Il en aurait acheté pour Inès, si elle avait été avec lui. Mais elle l’a laissé partir seul. C’est sans doute mieux ainsi, car il n’est pas certain d’avoir un jour envie de rentrer…

(Victor est un des personnages principaux de l’histoire à laquelle je travaille en ce moment. Ce n’est pas une scène du roman, simplement une escapade que j’ai accordée à mon personnage… )

19 réflexions sur “Un moment de solitude

  1. J’aime beaucoup ce texte. C’est super fluide malgré la difficulté. Quant à la coucourde à ennuis !? J’avais déjà entendu le mot mais je ne connaissais pas véritablement sa signification : c’est une sorte de gourde en peau, non ?

  2. Pingback: Tes mains dans les miennes XIII | Désir d'histoires – Olivia Billington

  3. j’aime beaucoup ton texte gwen, on a envie d’en savoir plus sur ce Victor. J’adore ta coucourde (terme très employé dans ma Drôme natale) à ennuis, ton réceptacle à emmerdements, je me sens proche de cet homme qui lutte contre l’anxiété. Je voudrai comme lui déconnecter mon cerveau parfois, couper ma tête. Etre une blonde écervelée ^^ comme ce doit être reposant !

    • @ Lucie : tu feras peut-être plus ample connaissance avec lui quand le roman sera fini! 😉 Oui, blonde écervelée, ça doit être moins compliqué que brune cérébrale! 😉 As-tu vu mon petit blog-it sur Skriban? Hugh Coltman, Stories from the safe house, un chanteur qui tu aimerais peut-être… Va écouter et dis-moi…

  4. Je pense que tu tiens un personnage complexe et intéressant. 🙂 Cette escapade que tu lui as permis, nous dévoile son caractère profond et nous donne un aperçut de ton talent. 🙂

  5. Ah quand les personnages s’échappent et n’en font qu’à leur tête…mais c’est pour mieux revenir :! Tu le tiens bien on dirait ! J’ai souvent entendu coucourde aussi sans savoir ce que c’est vraiment mais l’image parle d’elle-même !^^

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