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Pour les Plumes de l’Année, Asphodèle a récolté des mots en K :

kyrielle – képi – kaolin – kaki – koala – kangourou -kilomètre – krill – kamikaze – kiwi – khôl – kimono –

Elle avait pris pour nom d’artiste Katchina et suivait toujours le même rituel avant le spectacle. Un bain kiwi-mangue, un masque au kaolin et puis un brushing pour dompter sa crinière de lionne. Ensuite, dans son kimono, dont le tissu fluide soulignait tous les détails de son anatomie, elle enduisait son visage de fond de teint et faisait ressortir l’éclat de ses yeux d’ambre d’un épais trait de khôl. Alors, elle enfilait son costume et sous les vivats d’une kyrielle de types en état d’ébriété avancée, elle entendait Monsieur Loyal annoncer La Générale Kamikaze et elle entrait, d’un pas majestueux de reine, sur la scène, juchée sur ses talons de quinze centimètres. Sa psy n’avait toujours pas compris : ce moment valait tous les divans, toutes les opérations…

Tandis qu’elle faisait son numéro de strip-tease – commençant toujours par le képi étoilé, pour continuer par la matraque qu’elle portait au côté et dont elle se caressait l’entrejambe et finir par le bustier kaki assorti au costume militaire – elle les regardait du coin de l’œil s’agiter, excités, vulgaires, curieux aussi, frétillant comme un banc de krills à l’idée d’apercevoir le petit bout de chair supplémentaire qui faisait d’elle une hermaphrodite. Certains avaient parcouru des centaines de kilomètres pour venir la voir se déshabiller sur scène. Et ce soir, elle savait que l’un d’eux finirait dans une chambre avec elle, minable dans son slip kangourou, sentant l’alcool et la sueur, mais prêt à se délester d’une somme faramineuse pour passer la nuit avec la femme-homme, ainsi qu’on l’appelait. Il lui restait six mois à tenir. Elle avait calculé qu’elle aurait alors assez d’argent pour envisager d’aller commencer une nouvelle vie, ailleurs. Au Kentucky, au Kenya ou à Kalamata, peu importait… Mais dans un lieu où elle ne serait plus considérée comme un monstre de foire qu’on exhibait comme King-Kong

17 réflexions sur “Katchina

  1. Pingback: LES PLUMES DE L’ANNEE 11 – Les textes en K ! |

  2. bien vu ton texte ! les mots s’y glissent sans peine ! oui cériat le dit bien le propos est froid et méthodique. Elle se protège en ne mettant aucun affect sur ces rituels glauques qui vont lui servir à se construire une vie chaleureuse et ensoleillée loin de ces vicieux vulgaires et excités…
    j’ai raté cette récolte de mots, dommage…

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